Comment organiser sa propre tournée ?

Pour tout groupe en développement, partir en tournée constitue un rêve. Et même si celle des MJC de la Creuse résonne différemment de celle des stades US, n’importe quel groupe peut, avec un peu de bonne volonté, prétendre vivre le grand frisson. Afin de mettre toutes les chances de votre côté, nous vous donnons ici quelques astuces simples afin de bricoler votre propre tour, sans attendre de coup de pouce de la providence musicale, d’un bookeur ou d’un manager. Ce sera d’ailleurs la meilleure façon de convaincre ces derniers du potentiel de votre groupe.

Comment organiser sa propre tournée ?

Convenez d’une période raisonnable et précise.

Le plus tôt possible, soit six mois à un an avant la tournée envisagée (aujourd’hui, même de « petits » lieux programment facilement six mois à l’avance), privilégiez une période fixe où vous serez sûrs d’avoir toutes les dispos de chacun. Mieux valent dix jours strictement définis que deux mois « en fonction de ce qui vient ». Les périodes flottantes sont une horreur pour s’organiser, et à moins d’une opportunité vraiment intéressante d’accrocher telle date en festival ou telle première partie excitante au wagon des concerts prévus, tenez vous-en à ce qui a été convenu initialement avec les membres du groupe, sous peine de vous arracher à essayer de contenter chacun.

Montez votre structure.

Si ce n’est pas déjà fait. Vouloir partir en tournée est un vrai signe d’ambition et de professionnalisme, vous ne pourrez donc pas gérer cette idée en bricolant des budgets, des factures et des justificatifs sur vos deniers personnels. Et puis c’est le meilleur moyen de clarifier les choses vis-à-vis du groupe. Demandez par exemple à chaque membre de mettre une petite somme sur le compte bancaire de l’asso que vous créerez et gérez vos premières dépenses ainsi. Par la suite on vous souhaite de vite fonctionner grâce aux revenus que vous générerez grâce aux activités du groupe.

Partagez le tour et l’organisation avec un autre groupe.

C’est peut être délicat pour une toute première tournée, mais c’est un excellent moyen de faire des économies à tout niveau. Choisissez si possible des potes, ou en tout cas un groupe que vous connaissez suffisamment pour avoir quelques garanties au niveau de l’ambiance. Si possible d’un style pas trop éloigné du vôtre, pour que le plateau artistique proposé soit cohérent. Si possible pas du même coin que vous, pour que vous puissiez profiter des réseaux de lieux bien différents des deux groupes. Si possible avec une partie du backline (voire des musiciens) que vous pourrez mettre en commun, histoire de maximiser la place dans le camion et la logistique générale. Je sais ça fait beaucoup de «si» possibles, mais on a dit en intro « avec un peu de bonne volonté ».

Répartissez les tâches entre les membres du groupe.

Dites-vous qu’il faudra toujours un ou plusieurs chauffeurs, et l’équivalent d’un road manager quand vous serez sur la route. Or la plupart des groupes ne peuvent pas se payer ce luxe, donc convenez bien avant le départ des personnes qui joueront ce rôle ultra important le moment venu (réveils, dialogues avec les organisateurs, préparations des trajets, gestion du backline, vente du merch, éventuelles interviews, etc.).

Préparez un bel emailing.

C’est la première chose que vos interlocuteurs verront de vous, il faut donc que ça donne envie au premier coup d’oeil. N’embauchez pas forcément un graphiste pour ça mais appuyez-vous sur le visuel de votre album ou EP et préparez un argumentaire court et ciblé.

A ce stade de votre carrière, il ne s’agit pas encore de dire « The Balls Breakers partent en tournée » pour que les programmateurs décrochent leur téléphone.

N’hésitez pas à donner un nom à ce tour, à lui faire raconter une petite histoire et à donner à votre tournée des atours professionnels avant même de l’avoir pondue.

N’évoquez en aucun cas de notions financières à ce stade, mais contentez-vous de l’essentiel car les personnes qui vous liront sont ultra-sollicitées et n’ont par définition pas le temps, donc :

  • Nom du groupe
  • Intérêt de la tournée
  • Période précise
  • Nombre de personnes sur scène et sur la route
  • Un ou deux visuels
  • Votre meilleure vidéo
  • Tous les liens web essentiels pour plus d’infos
  • Un (et un seul!) contact privilégié.

Analysez les retours de votre campagne d’emailing.

Si vous êtes malins, vous avez utilisé un logiciel d’emailing digne de ce nom plutôt que d’envoyer un à un les 1 500 emails depuis votre adresse Caramail. Bien vous en a pris, car ces outils permettent d’analyser les retours de votre campagne. Donc non seulement de savoir combien de messages ont été cliqués, lus, mais également où et par qui. Cela sera d’une grande aide pour rendre plus efficaces vos relances, plutôt que de partir la fleur au téléphone à rappeler 1 500 contacts.

Travestissez-vous pour démarcher.

On ne parle pas ici de Jaco Dessanges et Chris Louboutin, mais lorsque vous commencerez à faire vos premières relances téléphoniques, il sera plus amusant pour vous et sérieux vis-à-vis de votre interlocuteur, de vous présenter comme l’organisateur de la tournée plutôt que comme un des membres du groupe. Ainsi, un « bonjour je suis Serge, bookeur de l’asso Do Mi et je travaille sur la tournée de The Balls Breakers l’été prochain, avez-vous bien reçu notre email ? », sera jugé plus professionnel qu’un « Salut c’est Serge, batteur des Balls Breakers, on part en tournée l’été prochain, ça vous dit ? ». Et pourtant on parle du même Serge hein ! Magique...

Appuyez-vous sur vos quelques contacts pros.

Qu’il s’agisse de l’Officiel de la Musique édité par l’IRMA, qui contient tous les contacts professionnels du secteur, ou de potes d’autres groupes que vous pouvez solliciter, n’hésitez pas à faire jouer votre réseau à fond. A moins de harceler le directeur d’un Zenith avec seulement trois concerts à votre actif, il ne sera jamais mal perçu pour un programmateur qu’un jeune groupe montre à quel point il est motivé, surtout si vous pouvez bénéficier de la recommandation de quelqu’un de crédible dans le milieu.

Préparez des documents clairs et efficaces. Il faut battre le programmateur tant qu’il est chaud, aussi lorsque vous sentez qu’une touche se précise, ne tardez pas à lui envoyer les documents utiles pour le convaincre du potentiel de votre groupe. On pourra prévoir en un seul PDF pas trop lourd, une biographie avec rappel des liens web et contact email / téléphone, un historique rapide, un rider raisonnable décrivant vos besoins sur scène, un plan de scène voire un plan de feu si vous en avez un, et bien entendu un CD promo de votre album ou EP, car une grande partie des diffuseurs le demandent encore systématiquement, malgré votre son présent sur tous les réseaux informatiques d’internet.

Soignez le routing.

Certes vous avez envie de bouffer des kilomètres et d’inonder la planète de votre son révolutionnaire, mais ne perdez pas de vue qu’une date trop éloignée d’une autre pourra s’avérer contre productive. Elle pourrait vous coûter des heures de sommeil nécessaires, des frais d’essence et de péages dont vous n’aurez pas forcément pris connaissance, ainsi qu’une fatigue à conduire ou à rester assis pendant des heures dans un camion pourri, qui après deux semaines se fait très sérieusement sentir (sous les bras). Donc pesez bien le pour et le contre avant d’accepter une date à 800km d’une autre.

NB : Un bon routing tient aussi compte du fait qu’un groupe se perd irrémédiablement un paquet de fois au cours d’une tournée.

Jouez chez l’habitant pendant les jours off. A moins d’une attractivité hors du commun ou d’une chance bramentombesque, vous ne pourrez éviter des jours sans date. Afin de limiter le coût des nuits d’hôtels et les jours sans cachet, comblez les au maximum par des soirs « avec » en jouant chez l’habitant. Faites là aussi jouer votre réseau, amical et familial cette fois, pour trouver un lieu idéalement placé entre deux dates confirmées, et offrir un concert gratuit chez une de vos connaissances en échange du gîte et du couvert. Faire tourner un chapeau paiera l’essence, et si vous jouez correctement vous arriverez toujours à vendre un peu de merchandising tout en faisant souvent de belles rencontres.

Ne parlez d’argent que dans un second temps.

Vous êtes dans une position où peu de monde vous connaît et où vous pouvez difficilement imposer vos conditions, mais ce n’est pas une raison pour vous brader ou jouer à n’importe quel prix. Comme pour beaucoup de choses, le prix induit aussi une forme de sérieux et de crédibilité. Convenez à l’avance entre vous d’un cachet minimum qui permettra au moins de couvrir les frais engagés pour la tournée, et ne passez sous cette barre que si vous estimez que le jeu en vaut vraiment la chandelle. Cela vaut le coup d’investir un peu pour faire une première partie de prestige dans une belle salle, beaucoup moins pour animer la Fête de la Moule à Ploucbeunec. Ensuite, abordez vos exigences avec tact et professionnalisme, en laissant toujours de la place pour la discussion.

Finalisez le deal précisément.

Il n’y a rien de pire une fois en tournée, que d’avoir une part d’ombre dans le deal qu’on pensait avoir conclu. Donc une fois d’accord avec votre interlocuteur, récapitulez le tout par email histoire d’avoir une trace écrite de ce que vous vous êtes dit et exigez une confirmation. Lorsque vous êtes face à une structure professionnelle, préparez systématiquement un contrat type que vous adapterez en fonction et envoyez-le dans la foulée. Si on vous ne le renvoie pas signé automatiquement, demandez-le. C’est encore le meilleur moyen de prévenir les mauvaises surprises.

Emmenez un(e) pote.

Ca fait souvent autant rêver les potes que vous de prendre la route. Donc si vous manquez d’investissement par rapport aux nombreuses tâches soulevées ci-dessus et que la place dans le camion le permet, proposez à un(e) ami(e) fiable et responsable d’embarquer avec vous. Il/elle vivra de belles émotions et vous verrez vite comme il sera précieux de pouvoir s’appuyer sur lui/elle quand vous commencerez à fatiguer après quelques dates.

Faites fabriquer du merch en conséquence.

Cela fait toujours un peu peur d’avancer l’argent nécessaire à produire du merchandising pour dix ou vingt dates de concert, mais soyez persuadés que c’est une ressource non négligeable pour l’économie de votre groupe. Si vous arrivez à organiser une tournée de telle sorte que les cachets convenus couvrent les frais engagés, c’est déjà un bel effort pour un groupe en développement, et le merchandising est justement le meilleur moyen de rentrer chez vous en étant bénéficiaire. Si vous vous donnez à fond, vous verrez après quelques dates que vous aurez vendu plus que vous ne l’auriez imaginé, le pire étant de manquer de produits au beau milieu de la tournée. Et si vous hésitez encore, dites-vous que vous pourrez toujours refourguer les invendus sur des dates ultérieures, mais jamais refabriquer des Tshirts entre deux concerts que seulement vingt-quatre heures séparent !

Prenez-en de la graine.

Si cette tournée et les suivantes ont été positives, ce que l’on vous souhaite, il y a de grandes chances pour qu’une agence de booking vous fasse un jour les yeux doux, ce que l’on vous souhaite tout autant. Prenez donc bonne note de toute l’expérience que vous aurez emmagasinée en faisant ce boulot vous-mêmes et ne vous contentez pas de le déverser sur cette nouvelle structure en attendant monts et merveilles de son travail. Partagez avec eux tous les retours (même négatifs) que vous avez eu jusqu’à maintenant et bossez en toute transparence, ce sera la meilleure façon de faire progresser votre groupe et la structure avec.

Ecrit par Cousin Cool
Cousin Cool se situerait dans la carrière musicale entre Père Castor, Cousin Machin et Daddy Cool. 30 ans qu’il traîne sa carcasse barbue dans les salles et les studios en tant que bassiste, ingénieur du son et régisseur. Du nord au sud de l’Europe, de l’est à l’ouest de l’Amérique, Cousin Cool a bossé avec les plus grandes divas comme avec les pires crasseux. Dans la famille Cool, il n’a jamais été père ou a refusé de le(s) reconnaître. Mais chez les Cool, on est dans le son de la tête au pied, de père en fils depuis une génération, et peu importe si celui de Cousin l’a abandonné à la naissance. De cela comme de tout sauf du son, Cousin se fout complètement et on le lui rend bien.

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